Ivre de tout

Elle est ivre de tout, 26x36cm, aquarelle, stylo noir & pastel sec sur papier d’Arches grain torchon, 2017

Comment pourriez-vous imaginer ce qui me traverse comme émotions à chaque instant? Je suis vraiment le plus sensible de tous les êtres qu’il m’ait été donné de rencontrer. Qu’est-ce que c’était douloureux. Maintenant ça ne l’est plus tellement. Ce qui est tout de même assez difficile c’est de réaliser à quel point mon système de pensée est différent de celui des autres. Je me sens seule. Mais en même temps je me sens bien en étant seule parce que cet adage « Mieux vaut être seule que mal accompagnée » est tout à fait juste et que je l’intègre petit à petit.

Par mal accompagnée j’entends accompagnée par des personnes dont la force des sentiments est bien moins puissante que la mienne, PAR EXEMPLE par des hommes qui réfrènent ce qu’ils ressentent ou qui ne ressentent simplement pas aussi rapidement des émotions aussi fortes que celles de mon coeur qui bat la chamade et fouette mon sang en deux-deux.

En même temps il y a des hommes qui tombent pour moi envers lesquels je n’éprouve pas grand chose. Les jeux de l’amour et du hasard. La vie, la vie, la vie. Un vaste jeu, à ne pas prendre trop lourdement. L’esprit de lourdeur qui colle à ceux qui ne se reconnaissent pas dans ce qu’ils vivent est insupportable à observer. 

Il doit sûrement me rappeler mes propres difficultés, celles qui survenaient lorsque j’étais trop jeune, trop fragile, quand les sentiments devenaient trop forts, irrépressibles, infernaux de par mon incapacité à supporter la douleur immense qu’ils me provoquaient. Cette lourdeur ne pèse plus sur moi, enfin, j’ai compris qu’avant de donner aux autres c’est moi que je dois honorer. 

Et ça me rend si légère, si vive. Plus de ressentiment, plus de languissement. Il faut rester fidèle à soi-même, rester focus, se comprendre. Jouer, se rendre ivre de tout. 

Baudelaire, Enivrez-vous, In Le spleen de Paris, Petits poèmes en prose:

Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

Je tourne la tête à gauche et je vois la forêt, les vignes, tout est vert, tout est en train de mûrir, comme moi. Les oiseaux accompagnent ces pensées par leurs chants infinis, leur vol est jouissif et tout est en ordre.

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